![]() | Les Wharfs de Lomé |
Les Oléyia, Zémidjans ou taxi motos
« Oléyia » qui signifie « tu vas » en Mina – une langue parlée au sud du Togo -, est le nom donné aux taxis motos du pays. Ce phénomène originaire du Bénin voisin appelé Zémidjans « emmène-moi vite en langue Fon » se répand au Togo au cours de la crise politique des années 1990.
Aujourd’hui, ils sont plus de 40 000 à sillonner les rues de la capitale Lomé, klaxonnant à la recherche de clients de jour comme de nuit. Les Oléyia sont populaires. En cette période de crises politiques à répétions, ils sont courtisés par tous les partis politiques. On compte environ 160 000 conducteurs de motos taxis à travers le pays.
Le phénomène « Oléyia » est un authentique fait de société qui connaît un réel essor. Il s’est imposé comme le transport urbain le plus pratique et le plus économique pour un bon nombre de togolais.
Favorisé par le chômage des jeunes, l’exode rural, et la croissance de la pauvreté, il est commode à la fois pour les usagers et pour ceux qui y investissent. C’est devenu un secours pour les jeunes diplômés sans emploi, les travailleurs compressés, les chômeurs, les retraités… La plupart de temps, il permet la survie de toute une famille.
Les « Oléyia » sont un moyen de déplacement à moindre coût. Ils sont présents dans tous les quartiers de Lomé et des villes de l’intérieur de pays. Ils attendent leurs clients aux abords des marchés, des carrefours, des établissements scolaires, des lieux de travail… Contrairement aux taxis authentiques, les Oléyia déposent leurs clients à leur destination. Ils s’aventurent même la nuit dans les voies peu praticables. A l’intérieur du pays, ils permettent à leurs clients de se rendre dans leur village à tout moment.
Le « Work and Pay » est l’un des moyens pour devenir conducteur « Oléyia ». C’est un compromis. L’acquéreur de la moto et le conducteur s’entendent sur une somme. Le conducteur est tenu de verser le montant, souvent le double du prix d’achat de la moto (entre 500 000 et 700 000 francs CFA), dans un délai de deux ans. Le prix de la course varie entre 100, 150, 350 francs CFA. Certains n’ont pas de chance : ils tombent malades ou la moto leur est dérobée quelques mois après.
Certains conducteurs parmi les Oléyia sont devenus de véritables patrons avec deux ou trois motos qu’ils ont réussi à acheter et qu’ils confient à des proches.
D’autres métiers, comme laveurs de moto, réparateurs, se sont eux aussi développés. Même la nuit le Oléyia peut trouver un réparateur pour sa moto.
Ce moyen de transport est fonctionnel mais il comporte des risques. Pas un seul jour qui passe sans un accident de « Oléyia ». On pense que tout le monde peut devenir conducteur de moto taxi, alors que souvent les conducteurs ne maîtrisent pas le code de la route. Sans permis de conduire, pressés par la recherche de l’argent, ils roulent à vive allure, brulent les feux tricolores, zigzaguent entre les voitures et les trous de la chaussée. Ils ne se soucient aucunement de la vie de leurs clients ni des autres usagers de la route. Ils font souvent de la surcharge. Il n’est pas rare de voir trois à quatre personnes sur la même moto, des femmes avec un enfant au dos et un autre enfant entre elle et le conducteur, ou d’énormes colis que traîne le passager. Le jour du marché dans les villes de l’intérieur du pays personne ne s’émeut guère de la surcharge : sacs de charbon, de maïs, ou d’autres marchandises sont transportés en plus des passagers. Des fois, les « Oléyia » arrivent à peine à voir ce qui se passe devant eux.
Devant les conditions difficiles de vie dans les campagnes, des jeunes poussés par l’exode rural quittent leurs villages, parfois situés à plusieurs kilomètres, pour venir travailler à Lomé pendant les jours ouvrables. Les raisons de cette migration sont multiples. Il vaut mieux venir à Lomé pour réussir à donner ce qu’il faut au propriétaire dans le cadre du « Work and Pay », et à nourrir la famille pendant la saison sèche au lieu que de rester au village à palabrer, boire du sodabi (l’alcool de fabrication locale) à longueur de journée… N’ayant pas de toit, ils passent la nuit à la belle étoile, la tête sur le guidon de leurs motos garées sur les trottoirs du boulevard du 13 Janvier, dans les gares routières, les essenceries…
Nombreux sont ceux qui ont des problèmes de santé. Pour certains, il suffit de se débarbouiller chaque matin. D’autres prennent un bain dans les toilettes publiques. Ils sont exposés à de multitudes infections à cause du manque d’hygiène. Ils souffrent de maux de dos, de courbatures... Ils se soignent avec des médicaments achetés sur le trottoir.
Malgré ces inconvénients, et les tracasseries policières, cette activité, est créatrice d’emplois et génératrice de revenues sur toute l’étendue du territoire. Il est nécessaire d’éduquer et de former les « Oléyia » sur leurs droits et devoirs.
Jacques Do Kokou