Le délestage, le malheur des uns fait le bonheur des autres...


Baudouin Mouanda

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Faute d’électricité, les Congolais ne peuvent plus charger leurs téléphones portables. Ils multiplient d’ingéniosité, parcourent des kilomètres pour laisser leurs portables à la "charge".

Il est 22h. Je suis dans l'avenue Fulbert Youlou, à Bacongo, un quartier populaire de Brazzaville. Tout à coup, il y a une coupure d'électricité, le quartier est dans le noir. Les cris de mécontentement se font entendre, les phares des véhicules qui circulent éclairent la voix goudronnée. A côté, un poteau de courant qui brûle, un hangar où il est écrit en gros caractères : « Charge Batteries ». Les gens sont assis, préoccupés à jouer aux cartes ou au Nintendo, le temps d’attendre la charge. Les passants qui déambulent tout autour n'arrêtent pas de demander le coût et la durée du rechargement de la batterie. « 100 francs CFA, c'est moins cher ici qu’ailleurs », commente un jeune, « chez nous on n’a pas eu d'électricité de toute la journée... Il faut souvent attendre deux ou trois jours de plus pour que ça revienne ».

Pour certains jeunes, les coupures d'électricité jouent en leur intérêt, comme pour Martin, 27 ans, diplômé, depuis quatre ans sans emploi et qui a ouvert une cabine de charge batteries. « C'est ici que je fais fortune... Je croyais que l'Etat me réserverait un job... Il a fallu que je puisse me débrouiller à monter mon propre emploi... Je suis conscient que ce business est temporaire, une fois que le gouvernement prendra sa position, ça vaudra plus la peine, mais pour le moment, je développe d'autres projets avec les sous que je gagne ». Adossé à un banc à numéroter des batteries en échange d'un ticket pour les clients, il les connaît presque tous, des taxis-man, des commerçants, des fonctionnaires....

Sur la table de recharge toute une mosaïque de prises qu'on a du mal à compter… Elles sont près d'une cinquantaine, bien alignées. « Chaque jour, je gagne 200 à 300 francs CFA par prise » dit Martin. En enlevant les dépenses (carburant du groupe électrogène, etc.), il lui reste entre 9500 FCFA et 6500 FCFA (représentant 15 euros) pour vivre. Un peu plus loin, le groupe électrogène surchauffé, allumé non stop depuis la coupure, fait une pause une fois que le courant revient.  

Baudouin Mouanda        



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