Placodji


Fabrice Monteiro

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Placodji

Placodji fut une des premières zones habitées de Koutonou (ancien nom de Cotonou) lorsqu’en 1830, les colons français firent venir de l’ouest du Benin les populations Popo et Pedah. Elles devaient d’abord aider au débarquement des passagers et marchandises des navires, puis seraient employées à construire le wharf car ces ethnies étaient familières des déferlantes de l’Atlantique.
Ainsi les Popo et les Pedah s’installèrent à l’embouchure de la lagune qui relie l’océan au lac Nokoué et sur les rivages heurtés de plein fouet par les vagues de l’Atlantique. Ils baptisèrent leur village Placodji (quartier des plas, autre nom donné aux Popo).
Aujourd’hui Cotonou est la capitale économique du Benin et Placodji en est un quartier à part entière avec plus de deux cent mille âmes qui y vivent. Des maisons de briques s’étendent jusqu’à la plage, on y trouve des écoles, des bars, des coiffeurs, un centre de santé.


Le 04 Mai 2012 à 8h45 le génie militaire investit Placodji avec des centaines de militaires flanqués de bulldozers. Ils prétendent assainir vingt-cinq mètres de berges, mais les engins s’enfoncent sur plus de deux cents mètres à l’intérieur du quartier, dévastant tout sur leur passage. Les habitants ne sont pas autorisés à rassembler leurs affaires et assistent impuissants à la destruction de leurs maigres possessions ainsi que des lieux de culte animistes (vodoun) présents sur le site.
Les destructions durent deux jours. Au matin du troisième jour, les camions-bennes sont venus ramasser les gravats, le camion de pierres se vendant à cinquante mille francs CFA (environ soixante quinze euros).

Elise Tchoutchou, vendeuse de poisson installée depuis toujours sur les berges de l’embouchure.
Le 04 Mai 2012 sa maison a été détruite par les engins de chantier du génie militaire béninois. Elle s’est reconstruite un abri sur les lieux de son ancienne demeure avec les quelques briques et bâches qu’elle a pu trouver mais les clients ne viennent plus.

La plage de Placodji est une immense déchèterie doublée d’une latrine à ciel ouvert et au milieu de ce chaos s’ébattent des enfants de tous âges sans adulte aux alentours. Une femme ici a en moyenne entre huit et douze enfants et certaines jeunes filles à peine pubères se trouvent déjà enceintes.
Beaucoup de Popo et de Pedah ont péris durant la construction du wharf, aussi avaient-ils invoqué à l’époque la protection du fétiche Akiti qui devait protéger les travailleurs des attaques de requins ainsi que des mouches, de la malaria et, accessoirement, de la rougeole. Le site dédié au fétiche Akiti a été rasé avec le reste du quartier, puis reconstruit tant bien que mal par les habitants.
Valère Lakoussanh a eu de la chance, sa maison a été détruite à moitié : il peut encore vivre dans la pièce restée debout. Son domicile servait d’abri à un Tron Kpétéou (regroupement de fétiches) : Togble, Nanablewa, Sangnan, Bangré et Adjinon ont tous été détruits.


Les trois cinquièmes du quartier n’existent plus. Dans ce qu’il reste de Placodji, on trouve la zone des fumeries de poisson, aux murs noircis par des années de fumage continu. Les vestiges des entrepôts de la CFAO (Compagnie Française d’Afrique Occidentale) construits peu après le wharf, surplombent une scène de désolation. En ruine, le bâtiment est occupé par des squatters et sert de point de ralliement aux vendeurs de crack.

Aujourd’hui c’est le statut quo à Placodji. Les associations se battent pour que le droit au relogement de ses habitants soit reconnu. L’état prétend les avoirs déjà dédommagés depuis les années 80 mais ne parvient pas à produire les documents en attestant. Pendant ce temps tous ceux qui n’ont pas pu se reloger ailleurs reviennent se construire un logement de fortune sur les lieux de leur ancienne demeure.



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